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Malo — Tome I — Les Routes secrètes de l'océan Indien

Malo — Tome I — Les Routes secrètes de l'océan Indien

En 1543, dans l'océan Indien, La Vigilante est attaquée par trois navires portugais. Tandis que l'équipage se prépare au combat, Malo comprend que certains hommes présents à bord s'intéressent davantage au coffre du capitaine qu'à la survie du navire. Le récit revient ensuite trois ans plus tôt, en Bretagne. Malo n'a pas encore quatorze ans lorsqu'elle tue un homme pour défendre son père. Mortellement blessé, celui-ci lui ordonne de gagner Saint-Malo, de cacher son identité et de vivre. Seule

Le coffre du capitaine

Océan Indien — L’an 1543 Àtribord ! Une voile ! Le cri fendit le vent avant même que la cloche ne sonne. Je levai la tête. Depuis la soute, je n’avais vu qu’un morceau de ciel gris par l’écoutille ouverte. Un ciel sale, bas, chargé d’embruns, qui faisait luire le pont comme une peau de poisson. Les vagues cognaient la coque avec une humeur de bête affamée, et tout le navire geignait dans ses membrures. — Une seule ? hurla quelqu’un au-dessus. Un silence. Puis la voix revint, plus aiguë : — Trois ! Trois voiles à tribord ! Là, plus personne ne rit. Même les rats durent comprendre. Je remontai l’échelle quatre à quatre, une gargousse contre la poitrine. La poudre sentait le soufre, le chanvre humide et la mort prochaine. J’avais appris cela en mer : chaque chose a son odeur. Le biscu…

Saint-Malo

Trois ans plus tôt — Saint-Malo, Bretagne — 1540 Je n’avais pas encore quatorze ans depuis trois mois lorsque j’ai tué mon premier homme. Avant ce jour-là, je croyais connaître la violence. Je connaissais les chemins creux où les roues des charrettes s’enfonçaient jusqu’aux essieux. Les auberges où les hommes parlaient plus fort dès qu’ils avaient peur. Les couteaux que l’on montrait pour obtenir une bourse, sans toujours avoir besoin de les planter. Je connaissais les jurons de mon père, ses silences, ses rires brusques et sa manière de regarder un visage avant de décider s’il disait vrai. Mais je ne connaissais pas le bruit d’un corps qui tombe dans la boue. Je ne connaissais pas non plus le silence qui suit. Ce matin-là, pourtant, le ciel était clair. La pluie de la veille avait l…

Les cheveux coupés

Trois jours plus tard — Saint-Malo, Bretagne — 1540 J’arrivai à Saint-Malo au lever du jour, avec de la boue jusqu’aux genoux, une faim qui me mordait le ventre et le manteau de mon père roulé sous mon bras. Je n’avais jamais vu autant de pierre. La ville se dressait devant moi, grise et serrée derrière ses remparts, comme un poing fermé contre la mer. Les toits fumaient encore de pluie. Des mouettes tournaient au-dessus des cheminées en poussant leurs cris de vieilles femmes fâchées. Au-delà des murailles, je distinguais les mâts. Des dizaines. Peut-être des centaines. Ils dépassaient des quais comme une forêt de bois noir. Certains portaient des voiles repliées. D’autres avaient des vergues nues, des cordages qui grinçaient dans le vent, des pavillons battus par les embruns. Je res…

La Vigilante

Le même jour — Quai de la Fosse, Saint-Malo — 1540 La Vigilante paraissait plus grande de près. Sa coque noire montait au-dessus de moi comme un mur de bois goudronné. Elle portait sur ses flancs des traces de sel, de pluie et de vieux chocs. Les sabords fermés ressemblaient à des yeux sans paupières. Au-dessus, les mâts découpaient le ciel en lignes sombres, si hauts que j’en eus mal à la nuque avant même d’avoir posé un pied à bord. Le vent avait déjà défait ce que j’avais essayé de cacher. Sous mon bonnet, des mèches rousses s’échappaient et me frappaient le front. La suie que Iven m’avait donnée s’était mêlée à la pluie et à la sueur, laissant sur mes joues des traînées grises qui ne cachaient rien. Ma peau restait trop blanche. Presque transparente par endroits. Mes taches de rous…

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