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Malo — Tome III — La Route du Soleil Levant

Au-delà de Malacca. Septembre 1541. La Vigilante quitte Cochin dans le sillage de la Santa Madalena. Froissance est toujours captive, Thouarau contrôle une partie de la route et plusieurs navires cherchent déjà à intercepter ce qu'ils transportent. Mais la route visible n'est pas nécessairement la véritable route. À mesure que l'équipage s'enfonce dans la mer d'Andaman, Malo découvre que les cartes sont incomplètes, que les ports officiels dissimulent d'autres passages et que certains secrets
Préface
Malo, jeune mousse embarqué sur La Vigilante, a quitté Madagascar avec le capitaine Héveste pour poursuivre Thouarau, ancien lieutenant devenu traître. Thouarau s’est allié au Portugais Duarte Varela. Ensemble, ils ont enlevé Froissance et dérobé un cylindre lié à une route inconnue vers l’Est. De Madagascar à Sofala, puis de l’île de Mozambique à Goa et Cochin, La Vigilante a survécu aux pirates, aux forts portugais et aux hommes qui vendent les routes comme ils vendent les corps et les secrets. À Cochin, Froissance a laissé des signes : un ruban, un fil rouge, des marques cousues pour guider ceux qui la cherchaient. Elle est vivante, mais toujours retenue par Varela et Thouarau. Une seule direction demeure. Malacca. Et derrière Malacca, un monde que l’Europe n’a pas encore appris à…
Toujours vers l'Est — Septembre 1541
Mer d’Andaman, route de Malacca — Septembre 1541 L a Vigilante quitta Cochin avant que le soleil ne dépasse les palmiers. Autour de nous, le port s’éveillait à peine. Des pirogues glissaient déjà sur les canaux, chargées de jarres, de filets et de sacs de poivre. Les cloches du fort Manuel sonnèrent au loin, lentes et graves. Sur les quais, les soldats portugais bâillaient encore sous leurs casques. La Santa Madalena avançait devant nous. Elle n’avait pas pris le large d’un seul coup. Elle s’était laissée guider hors du port, entre les hauts-fonds et les navires au mouillage, avec cette assurance des bâtiments qui savent que les canons du fort leur appartiennent presque autant qu’aux hommes qui les servent. Héveste l’observait depuis la dunette. — Elle ne nous attend pas, dis-je. — …
Le Pavillon rouge
Mer d’Andaman, route de Malacca — Octobre 1541 Les corsaires avaient disparu vers le sud. Longtemps après que leurs voiles se furent effacées dans la brume, personne ne parla de victoire. La mer avait repris son visage ordinaire, mais le pont gardait les marques de leur passage : une rambarde fendue, des cordages coupés, une voile déchirée, deux hommes couchés près de l’écoutille pendant que maître Berne s’occupait d’eux. La Santa Madalena, elle, continuait vers l’est. Elle était devenue une tache pâle, presque irréelle, au-delà de la ligne où le ciel rejoignait l’eau. — Nous la perdons, dis-je. Héveste ne se retourna pas. — Pas encore. — Elle a plus de toile que nous. — Oui. — Et nous venons de perdre du temps. Cette fois, il baissa la longue-vue. — Nous venons surtout d’appren…
Les Îles sans port
Mer d’Andaman — Septembre 1541 Le vent revint au milieu de la nuit. Pas d’un coup. D’abord, il y eut une fraîcheur sur le visage. Puis les cordages frémirent. Les voiles, qui pendaient depuis des heures comme des peaux mortes, se gonflèrent à peine. Enfin, La Vigilante se remit à avancer. Personne ne cria. Nous avions tous appris à nous méfier des bons signes trop rapides. Héveste resta sur la dunette jusqu’à l’aube. M’Banza, Saïd et le maître d’équipage se relayaient près de lui. Ils parlaient bas, penchés sur la carte. Je n’entendais que des fragments. — … pas trop au nord… — … les récifs… — … si le courant nous prend ici… — … alors nous perdons trois jours. Trois jours. Dans ma tête, ce nombre pesa plus lourd qu’il n’aurait dû. Trois jours pouvaient suffire à Varela pour at…